Constantine Ka. , photographe
Un jour j'ai rejoint les grands rêveurs, ceux pour qui le monde est un merveilleux à rencontrer, la terre un récit à lire et à écrire, le sensible un milieu qui nous écrit. En 2021, la poésie vient me trouver et me permet de chanter ce que je ne savais pas (plus) dire avec les mots qu'on me proposait.
Venue des disciplines du climat/de l'environnement et de l'architecture, j'avais besoin d'un médium pour transmettre et partager la façon dont je perçois ce monde sensible, actif, complexe et réjouissant où nous existons et qui nous constitue.
Début 2024, une petite poupée anglaise comme un personnage de Jane Austen dessinée par la glace entre les bruyères de Fontainebleau me rencontre. Depuis, je n'ai eu de cesse de m'adonner à la découverte des tableaux, personnages et paysages composés par tout ce qui vit et qui bruisse lorsqu'on se plonge avec égards au coeur même des montagnes et des forêts.
Lire la Terre est ma première exposition composée d'oeuvres extraites de différentes expéditions et séries photos.




À propos de Lire la Terre
La Terre et ses milieux ne sont pas des espaces uniformes ni univoques, bien-sûr. Chacun de nous y perçoit des images et des peintures singulières à partir d'une rencontre en constante évolution : celle des milliards d'informations sensorielles présentes à nos corps et à nos yeux et de notre propre histoire tissée d'expériences, de rêves, de connaissances et de désirs.
La photographie permet de tangibiliser et d'échanger entre nous ces visions de notre monde intérieur-extérieur qui nous habitent et que nous habitons. Les espaces vivants, naturels, organiques, pour peu qu'on les accueille et les ressente dans leurs formes, leurs couleurs, leurs dynamiques, viennent activer nos rêves et nos questionnements individuels et collectifs.
Ma vision
Ma démarche
Elle est souple, flottante, joyeuse, ouverte à la surprise, aux évocations et aux correspondances. Elle prend le temps, connectée aux rythmes et aux musiques impermanentes du vivant qui se compose en permanence.
C'est une disposition particulière de l'attention qui anticipe les tableaux de la nature, sans toutefois les chercher.
La paléidolie, cette capacité à donner du sens à ce que l'on voit, est une modalité dont nous pouvons nous saisir pour repérer nos représentations, pour nous relier à l'entour, pour jouer avec l'apparent tel qu'il nous apparaît, sans en être dupes, pourtant.


Mes photographies sont de fabrication biologique dans le sens ou elles sont réalisées par une humaine à partir du vivant : sans montage donc, sans collage ou effets spéciaux et bien-sûr sans recours à l'intelligence artificielle.
Les illusions d'optiques, effets d'échelle ou de collage sont pré-existants dans le déjà-là qui nous entoure. Ainsi le travail de pré-production est-il essentiellement un travail du regard, de la disposition à les rencontrer ces effets et à voir l'imprévu, l'imprévisible. C'est la culture d'une certaine habileté à l'immersion totale par la mise en pause des préjugés et des attentes. Ma pratique professionnelle de l'accompagnement par l'hypnose contribue très certainement à cet entraînement au " lâcher-prise pour prendre corps et regarder différemment".
Outils, tech ou no tech ?
Il y a une volonté assumée de travailler de la façon la plus low tech possible tout en affinant, affutant, exerçant un certain art du repérage du merveilleux et de sa transmission par le choix du cadrage. Ce qui est cultivé c'est l'inventivité et l'ingéniosité optique par la contrainte du low technologique.
La technicité de la démarche ne réside pas dans l'utilisation de tel ou tel outil extérieur à soi mais plutôt dans une certaine utilisation du corps et de l'esprit pour rencontrer des tableaux issus du vivant et de ses processus qui nous emmène ailleurs tout en étant parfaitement ici.
C'est un travail très sérieux de rêverie active et de jeu avec le réel par l'exercice de nos possibilités et illusions perceptives.
Bio-graphie : écrire avec le vivant en soi et au-dehors de soi
· Italo Calvino, les villes invisibles
"Tu cours après non pas ce qui se trouve au-dehors mais au-dedans de tes yeux, enseveli, effacé."
Étincelle ·
Mon postulat photographique
Le merveilleux est à portée de regard, dans le réel sensible autour de nous. L'humus des sols, l'atterri des feuilles, l'eau sous toutes ses formes et jusqu'à la glace, tous les éléments et processus du vivant concourent à enchanter nos existences (et nos regards) pour peu que l'on ose se faire le plaisir de se rendre présent et attentionné à ce qui est là.




La pratique du photo-conte
Lire la Terre, c'est aussi la pratique en post-captation de la lecture des images à la rencontre des histoires qu'elles nous racontent.
A la suite de la photographe, chacun.e peut laisser le tableau parler à son imagination et émerger l'histoire qu'il lui (bio-)inspire.
Il s'agit même d'un jeu de libre-rédaction et de libre-exploration extrêmement amusant de découverte de ce que nous pouvons voir de commun et de différent à partir d'une même image.

