Quai du Cosmos, 2e pan

Photo- récit. Évocations : Christophe Galfard, La Vie à Portée de Main / Dostoïevski, récit d’un rêve dans Le Rêve d’un Homme Ridicule / Juan Miró, Le Baiser

Texte photo-poétique : Constantine Ka.

3 min temps de lecture

Revenue quai du Cosmos, j’embarquais de nouveau à Bord de la Rêverie, attirée sur la piste d’une poussière interstellaire.

Il m’avait suffit de pousser une autre persienne donnant sur le monde et, à la proue du navire j’observais maintenant dans ce ciel mon royaume, un autre moment du temps.

De nouvelles nuances de l’océan atmosphérique dans lequel perçaient d’autres lumières d’étoiles, comme nous tous naissantes et passagères.

D’autres étoiles encore. Je décidais d’en visiter une par la magie du propriotélescope - et par chance, ma coursive en accueillait un, comme tout bon balcon à rêverie perché dans le ciel.

Zoomant avec lui, en trapéziste optique aguerrie, je me mis d’abord au hasard de choisir ma galaxie parmi toutes celles qui flottaient autour de moi flottant - une bien belle galaxie selon moi celle que je choisis, que je repérais tournant autour d’une autre tandis qu’en son autour c’était sa lune galactique qui à sa façon lui faisait fête.

Je découvrais dans ma rêverie la réalité en trois dimensions du riche tapis d’étoiles plat dans lequel j’avais plongé peu avant : tout, dans l’univers, oui c'est ça, se faisait fête, comme d’affectueuses toupies ou bien comme les danses en rondes mouvantes qu’inventent parfois les humains pour recréer à deux ou à cent les tours joyeux du cosmos. Oui, ce qui se tournait là était une fête toute en rondeurs, une liesse gravitationnelle qui tenait bien des astres ensemble et donnait à cette composition permanente les airs d’un mobile organique sans limite d’espace ni de temps.

Progressant dans les nuées noires et colorées de cette galaxie-là, je naviguais entre ce que je décrirais être des milliers, des millions de volutes, vous savez, comme des lambeaux cosmiques ornés de fleurs minuscules et roses, presque rouges.

Et à chaque point rose, presque rouge, je su ce que le chercheur avait dit, qu’une étoile en fusion naissait.

Je m’immergeais plus loin dans cette galaxie-là, plus loin et plus profond comme la sensation que nous donne une brasse sous l’eau, même horizontale. M’immergeant plus loin et plus profond donc dans cette galaxie là - sait-on pourquoi elle avait emporté ma préférence ? - je tombais sur le sablier sans sables que dessinent les étoiles quand elles se forment (je me demandais en rêveuse si Miró lui aussi avait visité en rêve une telle étoile rouge et un tel sablier lorsqu’il donna forme à son Baiser, en 1924, réinterprétant ensuite sa vision, bougeant le disque rouge de génération stellaire de 90° pour les besoins de son baiser, comme l’on tourne la manette rouge d’une arrivée d’eau).

La naissance en cours de cette étoile-là effondrait la poussière des secondes à mesure qu’elle consolidait en son centre son devenir, soulignant de bleu, d’orange et de rouge les contours même du temps, contours que mon esprit avait accepté jusqu’alors. Car dans le tableau stellaire que je contemplais chaque nuit depuis mon petit balcon, les étoiles étaient plus ou moins présentes, bien sûr, selon les lunes et les saisons, mais jamais aucune encore n’était née à mes yeux ou n’avait disparu l’empreinte lumineuse qu’elles laissent briller le long du temps lorsqu’elles s’éteignent.

La naissance de l’étoile rouge emmenait celle de quelques planètes avec elle, oh ! 4 ou 5, pas plus semblait-il, et je m’arrêtais encore pour observer avec plus d’attention le mobile en formation qui se tramait dans ce coin-là précis de l’univers et dans les couleurs magiques de son silence sans poussières.

Bientôt je rentrerais sur mon modeste et précieux balcon terrestre, tenir bavette au chèvrefeuille sans l’odeur duquel je ne saurais m’intéresser à nulle étoile et à nulle planète.

C’est alors que je compris que, quand je rentrerais, ce serait à la fois plus petite et plus grande, comme précisée à l’intérieur et resituée au monde par ce sentiment bidimensionnel qui s’étendait en forces contraires, intégrant à même mon corps le ressenti synchrone de ces deux extrêmes scalaires.

Plus petite dans l’univers expandu et agrandi à l’imaginaire, et plus grande de maintenant le savoir, d’un savoir proche je crois de ce qu’avait compris Socrate.

< Récit précédent

Récit suivant >